mardi 19 septembre 2017

La Passe-miroir : 2. Les disparus du Clairdelune, Christelle Dabos

J'avoue, il ne m'aura pas fallu trop de temps pour le lire ! Voici donc le tome 2 des aventures d'Ophélie sur l'arche du Pôle. 

Comme le premier tome, il commence lentement. Ophélie est présentée à la Cour et est nommée vice-conteuse, sur un malentendu. Tous les soirs, elle doit raconter une histoire à Farouk, l'esprit de famille tour à tour colérique, apathique, enfantin. C'est lui qui régit la Cour : s'il aime, alors tous aiment. S'il s'ennuie, tous s'ennuient. Étonnamment, Ophélie réussit à capter son attention volatile. Du jour au lendemain, elle devient celle que tout le monde veut avoir dans ses réceptions. Mais dans la Citacielle, là où tout est illusion et tromperie, les amis de hier sont les ennemis de demain... 
Le fil de l'histoire se construit lentement. L'auteur pose le cadre et affine peu à peu notre connaissance et compréhension de ce monde. On suit l'évolution d'Ophélie à la Cour, ses alliés et ses ennemis, déguisés sous des sourires affables et hypocrites. Elle est toujours fiancée à Thorn, en attente du mariage. Leur union permettra au futur mari d'obtenir ses pouvoirs de liseuse et ainsi de déchiffrer le Livre de Farouk. Leur relation se développe, à coup de cris et d'orages, et pourtant peu à peu ils se lient l'un à l'autre. Un je-ne-sais-quoi qui, malgré toutes les disputes, la colère, la rancœur, les rend indispensables l'un à l'autre.
Certains événements se passent et semblent isolés, sans grand rapport avec la trame principale. Et pourtant, soudain, à nouveau, tout s'emballe. Des disparitions mystérieuses ont lieu au Clairdelune et Ophélie se voit chargée de retrouver les victimes. 
Ce qu'elle découvrira en enquêtant dépassera tout ce qu'elle pouvait imaginer (et ce que nous lecteurs pouvions imaginer !)

L'auteur prend le temps de construire ce monde, construire ses personnages, les liens qui les unissent, et c'est finalement assez agréable puisque cela permet une vraie immersion dans cette folle société. L'opinion que l'on se fait des protagonistes change à mesure qu'on les découvre.

J'ai vraiment aimé apprendre à connaître mieux les deux héros, Ophélie et Thorn. J'aime leur relation orageuse. J'aime l'envie de Thorn d'être juste et droit, son envie de tout faire pour se réconcilier avec Ophélie, tout en gardant cette froideur, ce côté réservé. J'aime l'impétuosité d'Ophélie, son envie de liberté, de prendre les choses en main. 
Ce que j'aime par dessus tout ça, c'est qu'ils ne sont pas les héros typiques. Ophélie n'est pas une jolie demoiselle en détresse (pour caricaturer...) : elle est toujours mal habillée, mal coiffée, maladroite, fougueuse, et n'a pas sa langue dans sa poche. Thorn n'est pas un bel homme musclé : c'est une brute immense et maigre, couvert de cicatrices et franchement repoussant, mais réfléchi, calme, agissant seulement s'il le faut et prenant la parole que quand c'est nécessaire. 
L'opinion que l'on a de Berenilde change également beaucoup. Il me reste encore Farouk à cerner. Mais ça, ça risque d'être plus compliqué...

Bref, on va de découvertes en découvertes et c'est terriblement prenant ! On ne sait pas où l'auteur nous mène, c'est déroutant mais finalement assez sympa et change des romans où tout est prévisible. 

Je me lance dans le tome 3...

dimanche 17 septembre 2017

La Passe-miroir : 1. Les fiancés de l'hiver, Christelle Dabos

Voici un roman pour ado qui marche très bien à la biblio. Il ne me tentait pourtant pas plus que ça jusqu'à ce qu'une amie libraire me le présente comme un coup de cœur. Je me suis donc laissée tenter. 

Dans un monde futuriste très loin du nôtre, tout fonctionne par clans, chacun d'eux ayant des dons particuliers et vivant sur des "arches" différentes. Sur Anima, Ophélie a le pouvoir de lire les objets : en les touchant, elle parvient à remonter leur passé et connaître ainsi leur histoire. 
Ophélie se plait dans son monde, dans sa famille et dans le musée dont elle s'occupe. Elle mène une vie pas trop compliquée et cela lui convient. Pourtant un jour, tout ce qu'elle connait se voit être bousculé : elle se retrouve fiancée de force à Thorn, qui appartient au puissant clan des Dragons et qui vit dans la capitale flottante du Pôle, à l'autre bout du monde
Ce fiancé taciturne, froid et brutal, elle n'en veut pas. Et pourtant elle est contrainte à le suivre à la Citacielle, là où elle vivra désormais. Elle arrive dans un univers glacial où tout est illusion et faux-semblant. Thorn la maintient enfermée dans le manoir de sa tante jusqu'au mariage, pour sa sécurité lui dit-il. Mais Ophélie ne comprend pas où est le danger. Et comme personne ne veut rien lui dire, elle décide de prendre les choses en mains et de chercher à comprendre ce monde et ses codes par elle-même, au péril de sa vie. 
Entre faste et charme, entre mensonges et trompe-l'oeil, Ophélie va vite comprendre que son ours de fiancé était on-ne-peut-plus sérieux. Et elle comprendra enfin pourquoi c'est elle que les Doyennes ont choisie pour conclure ce mariage : elle est l'atout qui permettra au clan des Dragons d'asseoir leur puissance auprès de Farouk, l'esprit de famille de la Citacielle.


J'ai eu du mal à entrer dans ce roman, l'intrigue se mettant très lentement en place. La première moitié du roman est plate et il ne passe pas grand chose pendant de nombreux chapitres. Et puis, les pièces du puzzle commencent à s'assembler, on entre dans une autre société où tout est machination, où personne n'est fiable, où on est constamment sur ses gardes, et on se laisse prendre au jeu. Et finalement, on arrive à la fin... et on veut savoir la suite ! Vite, on prend le tome 2 et on repart dans ce monde fourbe.

Alors si l'entrée dans l'histoire a été plutôt fastidieuse, j'ai aimé évoluer ensuite dans ce monde calculateur. L'héroïne me plait aussi par son courage et son refus de se laisser dicter sa conduite. Quant à l'énigmatique Thorn, je me réjouis de le voir évoluer et comprendre mieux son caractère. 
Ce roman offre tout de même de belles surprises, pour cela il vaut la peine de le lire et d'entrer dans ce monde un peu farfelu, un peu terrifiant, mais merveilleusement imaginé.

dimanche 27 août 2017

Le pays du soleil rouge, Elizabeth Haran

Voilà un roman qui m'a fait beaucoup penser au film Australia de Baz Luhrmann. L'intrigue se passe en effet au même endroit, dans la région de Darwin en Australie, et à la même époque, pendant la Seconde guerre mondiale. Dans les deux, les protagonistes assistent au premier bombardement de Darwin par les Japonais, le 19 février 1942. On pourrait aussi faire quelques rapprochement au niveau des personnages : une héroïne anglaise, forte et débrouillarde qui arrive en Australie, et un homme un peu sauvage, bien viril. Une histoire d'amour naissante...
Bref, il y a pas mal de ressemblances et comme j'avais vraiment bien aimé le film, j'ai plutôt bien aimé ce livre.

En Angleterre, Lara Penrose est une jeune femme intelligente et très belle, et une institutrice très appréciée de ses élèves et de leurs parents. Un jour, elle prend la défense de l'un de ses élèves face au père de celui-ci, un homme influent et autoritaire. Dans la discussion animée, l'homme se blesse et s'assomme avec un râteau. A son réveil, il accuse Lara de l'avoir agressé et la jeune institutrice est condamnée à deux ans de prison. Le juge lui propose une autre peine pour lui éviter la prison : partir deux ans en Australie comme institutrice dans un village reculé au nord du continent. Lara s'en va et là voilà qui passe de la pluvieuse Angleterre à la fournaise australienne. Le choc est rude, d'autant plus que le village où elle doit vivre est infesté de crocodiles. Elle décide d'engager un chasseur de crocodiles pour sécuriser le village : le séduisant Rick. 

Bien sûr, l'histoire serait trop simple si on s'arrêtait à ça. Mais la chaleur, les crocodiles, les accidents, les Japonais, les jalousies et les mensonges offrent tout un lot de rebondissements. 

C'est un roman sympa qui passe bien et qui nous emporte avec lui dans des contrées lointaines. L'Australie attire et envoûte, magnétique et exotique. 
Au début, l'assurance de Lara m'a énervée. Bien sûr, il fallait qu'elle soit belle, blonde et qu'elle fasse tourner toutes les têtes... Mais la voir dans un environnement si différent du sien, la voir "sortir de sa zone de confort" a fait du bien. Elle a dû se battre, remonter ses manches, accepter de ne pas toujours être tirée à quatre épingles, laisser tomber ses talons hauts et jolis tailleurs, et ça l'a rendue nettement plus sympa. 

La lecture est rapide, beaucoup de choses se passent, ça va assez vite. Je me serais cependant passée de certains rebondissements, qui sont parfois vraiment gros et pas très réalistes.

Au final, un roman assez léger qui fait passer un bon moment !

Et maintenant, je vais re-re-re... regarder Australia ;-)

lundi 7 août 2017

L'âge de l'héroïne, Quentin Mouron

Quentin Mouron est un jeune auteur suisse dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à ce que je recherche des écrivains romands à inviter à la bibliothèque. Toutes les critiques lues alors faisaient l'éloge d'un talent précoce et prometteur. Il fallait donc que moi aussi je lise ses romans ! 
Je me suis lancée, ajoutant à ma PAL ses deux derniers livres, tous deux policiers. 

Dès les premières pages de L'âge de l'héroïne, on entre dans une atmosphère sombre, sauvage, déchirée, pleine de personnages à vif. Un langage cru, sans fioritures, comme le sont les protagonistes. Mais quelle écriture ! Elle est d'une impressionnante qualité. Assurément, l'auteur connait les mots, sait jouer avec et les aime. 

A Berlin, on rencontre Frank, un détective bibliophile qui, entre deux lignes de cocaïne et une partie de jambes en l'air avec une vieille libraire, est chargé de retrouver une cargaison de drogue volée. Il semble passer plus de temps à se poser des questions sur la vie et sur ce qui habite ceux qu'il croise qu'à enquêter. 
L'enquête en soi n'est pas passionnante mais le côté décalé et la noirceur intriguent. C'est un roman court, mordant, incisif. 

Si l'histoire en elle-même ne m'a pas transcendée, l'univers dérangeant et cette très impressionnante écriture, quoique parfois trop crue, me motivent à continuer ma découverte de cet auteur.  


vendredi 4 août 2017

Jane Eyre, Charlotte Brontë

Je connais l'histoire de Jane Eyre depuis longtemps. C'est en effet un film que j'ai vu plusieurs fois avec ma maman et mes sœurs lorsque nous étions plus jeunes. Je n'avais pourtant jamais lu le roman. Je dois avouer que j'avais un petit a priori, pensant que l'écriture serait difficile à lire, avec des phrases à rallonge ou des mots inconnus. Je me trompais lourdement... 

L'histoire est bien compliquée à résumer, tellement il se passe de choses ! J'essaie quand même :
Au début du roman, Jane est une jeune orpheline qui vit chez sa tante. Elle n'était qu'un bébé à la mort de ses parents et son oncle l'avait recueillie chez eux. Mais depuis le décès de ce dernier, sa tante lui fait vivre un enfer. Entre maltraitance physique et psychologique, Jane est malheureuse. A 8 ans, sa tante finit par se débarrasser d'elle et l'envoie dans un internat. Elle y restera 10 ans, comme élève puis comme enseignante, avant d'être engagée comme institutrice à Thornfield. Là, elle enseignera à une seule jeune fille, la pupille du maître, Mr Rochester. Cet homme d'aspect sombre va peu à peu illuminer les journées de Jane... ou peut-être est-ce le contraire ? Jane se sent enfin vivre, et vivre pleinement, tandis que Rochester se sent léger. Pourtant, il cache un lourd secret qui les séparera... à jamais ?

Jane est une héroïne admirable. Elle possède une force de caractère très impressionnante. Elle ne se laisse pas déstabiliser par son passé ou ses origines. Sans famille, ni amis, sans amour, ni personne pour lui dire sa valeur, elle sait se faire une place grâce à sa douceur et ses principes. Elle a en elle un espoir et une foi en l'avenir qui ne s'éteignent pas, malgré toutes les épreuves qui se présentent devant elle. Elle est cultivée, intelligente et passionnée, et c'est la passion qu'elle va trouver à Thornfield. 

Quant à Mr Rochester, j'en suis définitivement amoureuse. C'est un homme fort oui, viril certes. Mais pas que. Il est tourmenté, il est pourtant doux et tendre. Il est intelligent et comprend rapidement les autres et leurs intentions. Il ne se laisse pas avoir par les faux-semblants. Il a un côté cynique et sombre, mais il a lui aussi un cœur passionné. Et la façon dont il va aimer Jane est... indescriptible. 

Tous les deux sont connectés. Par leurs esprits, leurs intelligences, leurs humours et l'amour. Mais ce n'est pas juste une histoire d'amour à l'eau de rose. C'est bien plus que ça, beaucoup plus que ça. C'est un hymne à la vie et à la persévérance. Et c'est superbement écrit. On est capturé dans le récit dans le début. On est horrifié puis attendri, délicieusement heureux et irrémédiablement triste. On passe par toutes les émotions possibles alors que les coups de théâtre s’enchaînent. 

Je ne peux que le conseiller. C'est une perle et un coup de cœur !

samedi 15 juillet 2017

Le pianiste de Hartgrove Hall, Natasha Solomons

Le pianiste de Hartgrove Hall, c'est Fox. Il a la musique dans le sang, dans la tête, dans chaque cellule de son corps. Il l'étudie, il veut la vivre. Quand, après la Seconde guerre mondiale, il retourne dans la demeure familiale avec ses frères et son père, celle-ci sort d'une guerre épouvantable qui l'a laissée meurtrie. "Hartgrove Hall est notre amour perdu, l'amie épistolaire qui a occupé nos pensées pendant sept ans". Si le père veut la faire exploser, les trois fils sont prêts à tout pour la sauver et lui rendre sa splendeur d'antan. Ils se mettent au travail, aidés par la fiancée du fils aîné, Edie Rose. Celle-ci, chanteuse célèbre, va peu à peu se rapprocher de Fox, animés tous les deux par l'amour de la musique. Quand Fox tombe éperdument amoureux de sa belle-sœur, amour et loyauté s'emmêlent. 

Cinquante ans plus tard, Fox, désormais compositeur à la carrière magistrale, ne peut plus écrire la moindre note depuis la mort de sa femme adorée. Il n'entend plus la musique dans sa tête et s'isole chez lui. C'est sans compter son insupportable petit-fils de quatre ans qu'il doit garder un jour et qui se révèle être un prodige du piano. Fox renoue avec la musique et la laisse à nouveau régner à Hartgrove Hall. 

Une jolie histoire qui nous emmène dans une Angleterre secouée par la guerre. Le charme anglais opère et conquit nos cœurs. Le récit alterne le présent et le passé pour nous permettre de peu à peu reconstruire l'histoire de la famille Fox-Talbot. Je me suis délectée des flashbacks, de cette vieille demeure à retaper, de ces frères soudés mais victimes de l'imprévisible Amour. J'ai aimé voir en parallèle le jeune Fox et le septuagénaire, les rêves et les regrets, les choix et leurs conséquences. 

Un agréable moment de lecture.