vendredi 13 octobre 2017

Novecento, Alessandro Baricco

Novecento est un livre découvert au gymnase, en cours d'italien. Depuis, je l'ai lu et relu (et je viens de le relire), et il me touche toujours autant. 

Ecrit comme un monologue théâtrale et poétique, il raconte l'histoire de Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento, le plus grand pianiste de l'océan. Oui. De l'océan. 

En 1900, le Virginian est un navire qui traverse l'Océan Atlantique 5 à 6 fois par année. Croisière de luxe pour certains et immigration pour d'autres... En arrivant en Amérique, un jour de la première année de ce "foutu" nouveau siècle, un bébé est abandonné dans un carton de citrons, sur le piano de la première classe. Il y est trouvé par un membre de l'équipage qui se charge alors de lui et lui donne le nom de Novecento (en italien, cela signifie dix-neuf cent [1900]). L'enfant grandit sur ce bateau, sans jamais en descendre, l'océan devenant sa maison. 

Autodidacte et très talentueux, Novecento devient pianiste sur le Virginian. De ses doigts naît une musique enchanteresse et jamais entendue nulle part. Des milliers de personnes défilent sur le navire et Novecento parvient à les "lire" : de ce qu'il lit d'eux naît une mélodie qui l'entraîne alors dans des voyages empreints de saveurs, d'odeurs et de couleurs... exotiques pour lui qui est resté toute sa vie au milieu de l'océan. 

C'est dans les années 30 qu'il rencontre Tim Tooney, trompettiste nouvellement embauché sur le Virginian, et narrateur de l'histoire. Ils deviendront meilleurs amis, jusqu'à ce que l'océan, la terre, la guerre, la mort... les séparent.

Ce livre est un petit bijou. La musique, les vagues et l'italien en font un texte très poétique. Puissant comme une tempête, doux comme un air de piano, léger comme un papillon. Sans fioritures autre que quelques notes de piano suspendues dans le temps. Je ne l'ai jamais lu en français, je ne sais pas ce que donne la traduction, mais dans la langue originale, l'italien sert complètement le texte. Dès la première page (c'est certainement mon passage préféré), on est happé. L'espoir, l'inconnu, la solitude, la peur, l'aventure. C'est tout ça qui transpire d'entre les lignes. 

Une adaptation cinématographique en a été faite en 1998, et est plutôt réussie (la bande annonce ici). 

Et voici un passage du film que j'aime bien (mais qui n'est pas dans le livre) pour donner un avant-goût musical :


mardi 10 octobre 2017

Les vies multiples d'Amory Clay, William Boyd

Amory Clay est une femme forte et indépendante. Une femme qui rêve - qui rêve grand - et qui se donne les moyens d'accomplir ses rêves. Une femme qui vit furieusement, multipliant les expériences, les voyages, et parfois les erreurs. 
Voilà la femme qui nous est présentée par William Boyd, qui fait de ce roman biographique une ode à la vie.

Née en 1908, Amory fait une entrée plutôt compliquée dans le monde : affublée d'un nom d'homme et présentée comme tel sur le faire-part de naissance publié dans le Times, elle échappe ensuite de peu à la mort lorsque son propre père la précipite en voiture dans un lac, volontairement. Si son enfance quelque peu chaotique laisse envisager une vie compliquée, elle lui offre également l'opportunité de se découvrir une passion : la photographie. C'est son oncle qui l'initie à l'art de la photo, et qui lui offre son premier emploi de photographe mondaine. En travaillant à ses côtés, elle apprend le monde, elle connaît les premiers émois de l'amour et ses désillusions, elle découvre surtout sa soif de plus, d'autre et de différent. 
En cherchant à se faire un nom, elle quitte son oncle et part pour Berlin, en quête du scandale qui la fera connaître. Elle vise la vie nocturne berlinoise, prend des photos des prostituées et expose les clichés dans une galerie à Londres. Elle sort bien de l'anonymat mais pas de la manière souhaitée : elle est poursuivie pour obscénité. Elle part alors pour New York, suivant son nouvel amant, désireuse d'oublier ce procès douloureux.

Elle multipliera ensuite les emplois - photographe de mode, reporter de guerre, ... - et les voyages, capturant la vie au travers de son objectif avec une soif chaque jour renouvelée. "Oui, ma vie a été très compliquée, mais, je m'en rends compte, ce sont ces complications qui m'ont stimulée, qui m'ont fait me sentir en vie." dira-t-elle. 

Une vie rapide, remplie d'erreurs et de risques, pleine de bouleversements, de rebondissements, de changements de direction. Dès les premières pages, on est happé par la vigueur et l'énergie de cette femme. Elle est si forte, si indépendante, et si humaine. Elle livre ses souvenirs, ses ressentis, partage son goût pour l'aventure. On apprend à la connaître comme une amie, et on veut en savoir plus. On se délecte de toutes ces anecdotes, de ce parcours atypique. Ce que j'ai aimé son envie de toujours plus, son refus de la peur, son assurance !

Sauf qu'Amory Clay n'a jamais existé.

Et là est toute la force de l'écriture de William Boyd ! Il nous trompe complètement. Dès les premières pages, on se croit dans une "vraie" biographie. A coup de détails, d'extraits de journal intime, de photos même !, son héroïne prend réellement vie. Alors on cherche des infos sur cette Amory Clay et on découvre... rien. Elle est une pure fiction, de même que tous les autres personnages. Même la citation au début du roman est inventée...

Il faut le dire... C'est un magnifique tour de passe-passe. 

C'est superbement écrit et très bien documenté. On traverse les époques, leurs événements historiques, les lieux, et tout est rapporté avec une précision d'historien.

Un roman fort et prenant. William Boyd n'a pas simplement créé un personnage, il a créé toute une vie.

mardi 19 septembre 2017

La Passe-miroir : 2. Les disparus du Clairdelune, Christelle Dabos

J'avoue, il ne m'aura pas fallu trop de temps pour le lire ! Voici donc le tome 2 des aventures d'Ophélie sur l'arche du Pôle. 

Comme le premier tome, il commence lentement. Ophélie est présentée à la Cour et est nommée vice-conteuse, sur un malentendu. Tous les soirs, elle doit raconter une histoire à Farouk, l'esprit de famille tour à tour colérique, apathique, enfantin. C'est lui qui régit la Cour : s'il aime, alors tous aiment. S'il s'ennuie, tous s'ennuient. Étonnamment, Ophélie réussit à capter son attention volatile. Du jour au lendemain, elle devient celle que tout le monde veut avoir dans ses réceptions. Mais dans la Citacielle, là où tout est illusion et tromperie, les amis de hier sont les ennemis de demain... 
Le fil de l'histoire se construit lentement. L'auteur pose le cadre et affine peu à peu notre connaissance et compréhension de ce monde. On suit l'évolution d'Ophélie à la Cour, ses alliés et ses ennemis, déguisés sous des sourires affables et hypocrites. Elle est toujours fiancée à Thorn, en attente du mariage. Leur union permettra au futur mari d'obtenir ses pouvoirs de liseuse et ainsi de déchiffrer le Livre de Farouk. Leur relation se développe, à coup de cris et d'orages, et pourtant peu à peu ils se lient l'un à l'autre. Un je-ne-sais-quoi qui, malgré toutes les disputes, la colère, la rancœur, les rend indispensables l'un à l'autre.
Certains événements se passent et semblent isolés, sans grand rapport avec la trame principale. Et pourtant, soudain, à nouveau, tout s'emballe. Des disparitions mystérieuses ont lieu au Clairdelune et Ophélie se voit chargée de retrouver les victimes. 
Ce qu'elle découvrira en enquêtant dépassera tout ce qu'elle pouvait imaginer (et ce que nous lecteurs pouvions imaginer !)

L'auteur prend le temps de construire ce monde, construire ses personnages, les liens qui les unissent, et c'est finalement assez agréable puisque cela permet une vraie immersion dans cette folle société. L'opinion que l'on se fait des protagonistes change à mesure qu'on les découvre.

J'ai vraiment aimé apprendre à connaître mieux les deux héros, Ophélie et Thorn. J'aime leur relation orageuse. J'aime l'envie de Thorn d'être juste et droit, son envie de tout faire pour se réconcilier avec Ophélie, tout en gardant cette froideur, ce côté réservé. J'aime l'impétuosité d'Ophélie, son envie de liberté, de prendre les choses en main. 
Ce que j'aime par dessus tout ça, c'est qu'ils ne sont pas les héros typiques. Ophélie n'est pas une jolie demoiselle en détresse (pour caricaturer...) : elle est toujours mal habillée, mal coiffée, maladroite, fougueuse, et n'a pas sa langue dans sa poche. Thorn n'est pas un bel homme musclé : c'est une brute immense et maigre, couvert de cicatrices et franchement repoussant, mais réfléchi, calme, agissant seulement s'il le faut et prenant la parole que quand c'est nécessaire. 
L'opinion que l'on a de Berenilde change également beaucoup. Il me reste encore Farouk à cerner. Mais ça, ça risque d'être plus compliqué...

Bref, on va de découvertes en découvertes et c'est terriblement prenant ! On ne sait pas où l'auteur nous mène, c'est déroutant mais finalement assez sympa et change des romans où tout est prévisible. 

Je me lance dans le tome 3...

dimanche 17 septembre 2017

La Passe-miroir : 1. Les fiancés de l'hiver, Christelle Dabos

Voici un roman pour ado qui marche très bien à la biblio. Il ne me tentait pourtant pas plus que ça jusqu'à ce qu'une amie libraire me le présente comme un coup de cœur. Je me suis donc laissée tenter. 

Dans un monde futuriste très loin du nôtre, tout fonctionne par clans, chacun d'eux ayant des dons particuliers et vivant sur des "arches" différentes. Sur Anima, Ophélie a le pouvoir de lire les objets : en les touchant, elle parvient à remonter leur passé et connaître ainsi leur histoire. 
Ophélie se plait dans son monde, dans sa famille et dans le musée dont elle s'occupe. Elle mène une vie pas trop compliquée et cela lui convient. Pourtant un jour, tout ce qu'elle connait se voit être bousculé : elle se retrouve fiancée de force à Thorn, qui appartient au puissant clan des Dragons et qui vit dans la capitale flottante du Pôle, à l'autre bout du monde
Ce fiancé taciturne, froid et brutal, elle n'en veut pas. Et pourtant elle est contrainte à le suivre à la Citacielle, là où elle vivra désormais. Elle arrive dans un univers glacial où tout est illusion et faux-semblant. Thorn la maintient enfermée dans le manoir de sa tante jusqu'au mariage, pour sa sécurité lui dit-il. Mais Ophélie ne comprend pas où est le danger. Et comme personne ne veut rien lui dire, elle décide de prendre les choses en mains et de chercher à comprendre ce monde et ses codes par elle-même, au péril de sa vie. 
Entre faste et charme, entre mensonges et trompe-l'oeil, Ophélie va vite comprendre que son ours de fiancé était on-ne-peut-plus sérieux. Et elle comprendra enfin pourquoi c'est elle que les Doyennes ont choisie pour conclure ce mariage : elle est l'atout qui permettra au clan des Dragons d'asseoir leur puissance auprès de Farouk, l'esprit de famille de la Citacielle.


J'ai eu du mal à entrer dans ce roman, l'intrigue se mettant très lentement en place. La première moitié du roman est plate et il ne passe pas grand chose pendant de nombreux chapitres. Et puis, les pièces du puzzle commencent à s'assembler, on entre dans une autre société où tout est machination, où personne n'est fiable, où on est constamment sur ses gardes, et on se laisse prendre au jeu. Et finalement, on arrive à la fin... et on veut savoir la suite ! Vite, on prend le tome 2 et on repart dans ce monde fourbe.

Alors si l'entrée dans l'histoire a été plutôt fastidieuse, j'ai aimé évoluer ensuite dans ce monde calculateur. L'héroïne me plait aussi par son courage et son refus de se laisser dicter sa conduite. Quant à l'énigmatique Thorn, je me réjouis de le voir évoluer et comprendre mieux son caractère. 
Ce roman offre tout de même de belles surprises, pour cela il vaut la peine de le lire et d'entrer dans ce monde un peu farfelu, un peu terrifiant, mais merveilleusement imaginé.

dimanche 27 août 2017

Le pays du soleil rouge, Elizabeth Haran

Voilà un roman qui m'a fait beaucoup penser au film Australia de Baz Luhrmann. L'intrigue se passe en effet au même endroit, dans la région de Darwin en Australie, et à la même époque, pendant la Seconde guerre mondiale. Dans les deux, les protagonistes assistent au premier bombardement de Darwin par les Japonais, le 19 février 1942. On pourrait aussi faire quelques rapprochement au niveau des personnages : une héroïne anglaise, forte et débrouillarde qui arrive en Australie, et un homme un peu sauvage, bien viril. Une histoire d'amour naissante...
Bref, il y a pas mal de ressemblances et comme j'avais vraiment bien aimé le film, j'ai plutôt bien aimé ce livre.

En Angleterre, Lara Penrose est une jeune femme intelligente et très belle, et une institutrice très appréciée de ses élèves et de leurs parents. Un jour, elle prend la défense de l'un de ses élèves face au père de celui-ci, un homme influent et autoritaire. Dans la discussion animée, l'homme se blesse et s'assomme avec un râteau. A son réveil, il accuse Lara de l'avoir agressé et la jeune institutrice est condamnée à deux ans de prison. Le juge lui propose une autre peine pour lui éviter la prison : partir deux ans en Australie comme institutrice dans un village reculé au nord du continent. Lara s'en va et là voilà qui passe de la pluvieuse Angleterre à la fournaise australienne. Le choc est rude, d'autant plus que le village où elle doit vivre est infesté de crocodiles. Elle décide d'engager un chasseur de crocodiles pour sécuriser le village : le séduisant Rick. 

Bien sûr, l'histoire serait trop simple si on s'arrêtait à ça. Mais la chaleur, les crocodiles, les accidents, les Japonais, les jalousies et les mensonges offrent tout un lot de rebondissements. 

C'est un roman sympa qui passe bien et qui nous emporte avec lui dans des contrées lointaines. L'Australie attire et envoûte, magnétique et exotique. 
Au début, l'assurance de Lara m'a énervée. Bien sûr, il fallait qu'elle soit belle, blonde et qu'elle fasse tourner toutes les têtes... Mais la voir dans un environnement si différent du sien, la voir "sortir de sa zone de confort" a fait du bien. Elle a dû se battre, remonter ses manches, accepter de ne pas toujours être tirée à quatre épingles, laisser tomber ses talons hauts et jolis tailleurs, et ça l'a rendue nettement plus sympa. 

La lecture est rapide, beaucoup de choses se passent, ça va assez vite. Je me serais cependant passée de certains rebondissements, qui sont parfois vraiment gros et pas très réalistes.

Au final, un roman assez léger qui fait passer un bon moment !

Et maintenant, je vais re-re-re... regarder Australia ;-)

lundi 7 août 2017

L'âge de l'héroïne, Quentin Mouron

Quentin Mouron est un jeune auteur suisse dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à ce que je recherche des écrivains romands à inviter à la bibliothèque. Toutes les critiques lues alors faisaient l'éloge d'un talent précoce et prometteur. Il fallait donc que moi aussi je lise ses romans ! 
Je me suis lancée, ajoutant à ma PAL ses deux derniers livres, tous deux policiers. 

Dès les premières pages de L'âge de l'héroïne, on entre dans une atmosphère sombre, sauvage, déchirée, pleine de personnages à vif. Un langage cru, sans fioritures, comme le sont les protagonistes. Mais quelle écriture ! Elle est d'une impressionnante qualité. Assurément, l'auteur connait les mots, sait jouer avec et les aime. 

A Berlin, on rencontre Frank, un détective bibliophile qui, entre deux lignes de cocaïne et une partie de jambes en l'air avec une vieille libraire, est chargé de retrouver une cargaison de drogue volée. Il semble passer plus de temps à se poser des questions sur la vie et sur ce qui habite ceux qu'il croise qu'à enquêter. 
L'enquête en soi n'est pas passionnante mais le côté décalé et la noirceur intriguent. C'est un roman court, mordant, incisif. 

Si l'histoire en elle-même ne m'a pas transcendée, l'univers dérangeant et cette très impressionnante écriture, quoique parfois trop crue, me motivent à continuer ma découverte de cet auteur.